L'argent

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L'argent

Messagede Alphajet » 27 Oct 2006, 10:23

Ce matin, passait sur TV5 un documentaire dont le titre était "l'argent". Dans ce documentaire, on parlait des monnaies locales, c'est-à-dire des monnaies qui n'ont cours que dans une certaine communauté. De telles monnaies existent notamment en Argentine et aux USA et même au Canada . Il y aurait en tout plus de 3000 monnaies locales de par le monde.

Le DOLLAR EST MORT À ITHACA

LE NOUVEL OBSERVATEUR - 05/12/1996

De notre envoyé special aux Etats-Unis, Jean-Paul Dubois

Cette ville de l'État de New York a sa propre monnaie et se passe très bien d'un billet vert qui, selon ses habitants, ne sert qu'à enrichir les multinationales.

Vous savez la meilleure ? Ça marche !

Ce que l'on fait? On est au chaud, dans une voiture, et l'on suit un homme qui pédale sur son vélo par une température proche de zéro. Ce que l'on voit? Un casque blanc en polystyrène, le bout d'une barbe rousse et le dos voûté de ce cycliste qui peine sous un voile de pluie et les bouffées du vent. Sa roue arrière remonte une gerbe d'eau qui ruisselle en cascade sur son anorak. On a eu beau insister, tout à L'heure, pour l'emmener dans la berline, il n'a rien voulu entendre : Je ne conduis pas les automobiles. Et je ne m'assieds pas davantage dedans. C'est ma philosophie."

La scène se passe à Ithaca, État de New York. Dans cette ville, la firme Borg Wagner fabrique, pour le monde entier, les boîtes automatiques des voitures les plus réputées. Mais pour changer de vitesse, Paul Glover vous dira que l'on n'a jamais rien inventé de mieux qu'un bon dérailleur à câble. C'est comme ça. Et il n'y a pas à discuter : "Je n'aime pas ce qui pollue. Je refuse aussi de prendre l'avion. À la rigueur, parfois, quand je n'ai pas le choix, j'emprunte le train". Lorsque, de surcroît, vous apprenez qu'il y a quelques années cet homme a mis six mois pour effectuer à pied la diagonale Boston-San Diego "afin de découvrir à quoi ressemblaient vraiment les tempêtes, les orages, les hommes et les animaux de ce pays", vous pensez avoir affaire à un flâneur fêlé.

Et vous ne pouvez pas vous tromper plus allègrement. Car L'homme qui là, devant nous, trempé jusqu'aux os, mouline dans la tourmente est l'économiste le plus astucieux de l'État, le "banquier alternatif" le plus populaire, le plus zazou, et le plus à gauche que la finance ait jamais connu. Le "New York Times", le "Wall Street Journal", "Associated Press" et même le magazine ultracapitaliste "Across the Board" lui ont consacré de longs articles dithyrambiques.

Cela est d'autant plus surprenant qu'il n'y a sans doute pas au monde quelqu'un qui méprise plus l'argent en général et le dollar en particulier que Paul Glover. Au point d'inventer et de lancer en 1991, dans sa ville, une nouvelle unité monétaire dont il imprime lui-même les billets. Et que la plupart des commerçants, des administrations et même une banque acceptent. A Ithaca, on estime que 2 millions de dollars de cette monnaie de singe sont aujourd'hui en circulation. Cette devise locale s'appelle l' "Ithaca hour". Et, consécration suprême, George Dentes, le procureur du comté, a récemment annonce qu'il en cuirait aux aigrefins tentés de contrefaire les talbins bigarrés bricolés par Glover puisqu'ils seraient désormais punis aussi sévèrement que s'ils fabriquaient des faux dollars. Je dirais que cela devrait être même plus durement sanctionné, ajoute Paul. Car l'Ithaca hour est une monnaie réelle dont la contrepartie représente le travail palpable de gens qui existent, tandis que le dollar est une monnaie de Monopoly, des espèces dépecées de toute matérialité, qui n'ont plus d'équivalent or ni même argent, mais seulement celui d'une dette nationale de 5 200 milliards de dollars. En Amérique, le plus grand fabricant de fausse monnaie, c'est l'État.

Ne vous y trompez pas. Ce discours n'est pas celui d'un quelconque milicien antifédéraliste fascisant comme on en rencontre un peu partout dans ce pays. Paul Glover serait plutôt tenant d'un nouvel ordre économique bienveillant, reposant essentiellement sur des marches de proximité, des marques de civilité et des échanges de bons procédés. Évidemment, une telle théorie mérite d'être explicitée. Ancien publicitaire et journaliste, diplômé de gestion municipale, Glover se met en 1991 à observer les mouvements de L'argent dans sa ville. Ce qu'il voit sont les banalités de base du capitalisme : de puissantes compagnies, de grandes chaînes nationales de magasins qui s'installent à Ithaca pour aspirer L'argent local avant de le réinvestir ailleurs.

Glover n'a plus alors qu'une idée en tête. Désamorcer cette pompe à finance, diminuer le débit de ce vorace pipe-line, afin de le remplacer par son système d'irrigation en circuit fermé. Que l'argent tourne, circule, soit, mais sur place, entre soi. C'est alors que lui vient l'idée de l'Ithaca hour, cette unité monétaire que l'on ne pourrait gagner et dépenser que dans la Communauté. En vendant ou en achetant des services et des biens produits localement. Et voilà comment, pour lutter contre le capital, Glover se mit à battre monnaie.

Le plus difficile, dans cette histoire, fut bien sûr de convaincre les 30 000 habitants de la ville et les 40 000 étudiants de la toute proche université Cornell que ce papier singulier, qui sur ses deux faces proclamait narquoisement "In Ithaca we trust ", était autre chose qu'une facétie antitrust. Le temps et la nature même de ce séduisant nouveau système d'échange se chargèrent d'instaurer la confiance.

Comment ça marche ? "Le billet de base, l'Ithaca hour, vaut 10 dollars, ce qui représente en gros le salaire moyen horaire payé dans cette ville", explique Paul Glover. "Prenons maintenant un fermier qui vend pour 20 dollars de fromage. À la place de la monnaie nationale, il reçoit donc deux heures de travail gratuit. Avec ce petit capital, il achète par exemple les services d'un menuisier, qui lui même fait appel au savoir-faire d'un mécanicien, lequel utilise ces heures pour payer son chiropracteur, qui lui se sert de ces billets pour s'offrir quatre places de cinéma, et ainsi de suite. C'est un système sans fin qui grandit de lui-même, une économie écologique, en vase clos, qui s'écarte du dollar et où le temps de travail réel remplaces les liquidité abstraites."

Au début, l'affaire ne tournait que sur une centaine de commerces. Aujourd'hui, ce sont 1 450 boutiques et entreprises qui acceptant cette devise locale, et une revue publié tous les deux mois remet à jour la liste des participants. À Ithaca, on peut pratiquement tout acheter avec ces coupures. Des dîners en ville, des réparations de toiture, des légumes, du mobilier et même des voitures d'occasion. La mairie et la chambre de commerce ont avalisé la devise, et l'Alternatives Federal Credit Union, une banque des plus officielles, facture certaines de ses charges et quelques frais de crédit en Ithaca hour, "Je ne suis pour rien dans le succès de cette méthode", insiste Glover. "Ce sont les gens de la ville qui ont permis que cela réussisse. Parce qu'ils ont cru en ce système."

Il faut dire qu'Ithaca est une ville qui a son petit caractère et un certain point de vue sur le monde. Un jour, on a voulu imposer une autoroute à ses habitants très sourcilleux sur l'écologie. Après treize années de lutte, ils ont envoyé la voie rapide se faire voir ailleurs. Une autre fois, c'est la prestigieuse université Cornell qui a décidé d'installer un incinérateur à ordures dans la localité. Le lendemain de l'annonce, un long article intitulé "Cornell tue vos enfants" était publié sur Internet. C'est ainsi que l'incinérateur partit en fumée.

Quant à la toute-puissante chaîne McDonald's, elle s'avisa il y a deux ans de monter un de ses fast-foods en pleine centre-ville, juste à côté d'une sandwicherie tenue par un artisan local. Il n'y eut ni protestion ni scandale. Simplement tout le monde ignora superbement la pitance industrielle. Aujourd'hui, faute de clients, le McDonald's a plié boutique, et des brioches à l'ancienne trônent plus que jamais derrière les vitrines de son modeste voisin. Et vous savez comment s'appelle le magasin de vêtements le plus chic du comté ? "Angels fly because they take themselves lightly".

Tout cela pour dire qu'Ithaca est un cas. Une ville suffisamment capricieuse pour ne pas s'en laisser conter lorsqu'il s'agit d'argent. Mais le plus étonnant, c'est que ce système de troc moderne fait des émules. Vingt-cinq villes, dont Hardwick (Vermont), Waldo (Maine), Santa Fe (Nouveau Mexique) et Kingston (Canada), ont édité, le plus légalement du monde, leur propre monnaie. Et cela grâce aux conseils que Glover dispense sur Internet, mais aussi avec l'aide de son kit de lancement, qu'il vend avec une vidéo pour 40 dollars.

Une banlieue de Mexico tente elle aussi l'aventure, et le jour de notre arrivée, sur son vélo, notre hôte filait à un rendez-vous que lui avaient fixé des émissaires zapatistes désireux de s'informer sur cette nouvelle forme d'économie. "Ils cherchent un moyen de rendre financièrement viable leur révolution, de sortir des circuits classiques de L'argent, dit Glover. Vous savez, cette forme de troc est très intéressante pour des pays pauvres, et j'ai eu plusieurs contacts avec des États africains."

En attendant, à Ithaca, on peaufine le système. À Printer Fine Line, l'imprimerie locale, on a mis au point une encre qui change de couleur quand on frictionne les billets avec les doigts, et qui rend les Ithaca Hours infalsifiables. De nombreux emplois qui n'auraient pu être payés en dollars ont été créés grâce à cette économie parallèle et sont rétribués é 100% en devise locale. De nouveaux billets colorés ont également été émis l'heure (10 $), deux heure (20 $), demi heure (5 $), d'un quart d'heure (2,5 $), et d'un huitième d'heure (1,25 $)

La librairie Autumn Leaves est on peu la banque centrale du système. (C'est ici que l'on vient changer ses dollars en Ithaca hours, jamais l'inverse). "Pas de spéculation, pas d'inflation, observant Stephany Marx, le gérant. Nous émettons de nouveaux billets quand cela est nécessaire, a mesure que l'organisation grandit. Et, comme routes les banques, nous remplaçons les coupures endommagées.

Pour faire basculer les derniers sceptiques, voici un florilège des appréciations que les habitants de la ville portent sur leur monnaie. Michael, graphiste : "Les Ithaca hours sont la meilleure chose qui soit arrivée dans notre cité depuis l'invention du pain en tranche." Joe, marchand de disques: "Cela reflète notre philosophie, stimule notre agriculture, notre artisanat, et responsabilise nos vies." Danny, électricien : "Notre argent reste ici et nous nous entraidons, plutôt que d'enrichir des multinationales." Dave, professeur d'économie : Cette organisation parallèle crée un lien de solidarité et donne notamment la possibilité à des chômeurs de trouver un emploi." Eli, rabbin : 'Les "heures" sont une manière de rendre l'économie humaine, d'y ajouter une note chaleureuse et fraternelle." Charlie, fabricant de tambours: "Cette forme de troc nous permet, à ma femme et à moi, de manger plus souvent au restaurant." Bill et Cris, marchands de légumes: "Grâce a cet argent local, davantage de gens achètent des produits du terroir. Cela a fait augmenter nos ventes, et nous nous offrons désormais des petits luxes que nous n'aurions jamais pu nous payer en dollars. "

Voilà succinctement résumée l'oeuvre magique de Paul Glover, ce cycliste activiste aimé des zapatistes et célébré par la presse capitaliste. Le jour de notre départ, à l'aéroport, des vols ont été annulés à cause de la force des bourrasques. En nous tendant une main amicale, Glover dit : "Vous avez de la chance. Pour un mois de novembre, il fait plutôt doux. Puis il enfourche sa bécane, ficelle son casque sous son menton, toise les frimas, et tel un courant d'air disparaît dans le vent.


http://www.ithacahours.com/
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Messagede jfm » 27 Oct 2006, 11:20

Il me semble que cela existe aussi en france sous la forme des SEL.
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Messagede Mimilenange » 27 Oct 2006, 11:47

Les "monnaies alternatives" dans le monde, classées par pays

http://www.cyberclass.net/turmel/urlsnat.htm
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Messagede Alphajet » 27 Oct 2006, 15:41

Je trouve ces intitiatives très intéressantes. Ce sont de vraies alternatives à l'économie financiarisée telle qu'elle se développe depuis quelques années. Le problème de l'argent, c'est qu'il n'a pas d'odeur et qu'il est donc à la merci de la spéculation. L'argent ne représente que du travail, et c'est uniquement le travail qui constitue la richesse. Mais cette richesse elle est totalement déshumanisée, alors que le travail est intimement lié à l'humain. C'est là qu'est l'essentiel des problèmes actuels.

Les écomomies localisées comme celles d'Ithaca fonctionnent et sont d'excellents antidotes aux multinationales, comme le prouvent les échecs de Wal-Mart et de Mac Donald's à Ithaca. C'est encourageant, ça montre que l'être humain est capable de trouver des alternatives efficaces à la vague néolibérale qui submerge le monde aujourd'hui.
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Messagede Ficounet » 27 Oct 2006, 17:08

À quand le SEL sur Ebay ? :wink:
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Messagede ab22 » 27 Oct 2006, 20:02

Alphajet a écrit: L'argent ne représente que du travail, et c'est uniquement le travail qui constitue la richesse.

Nous serions probablement tous pieds nus et affamés peinant derrière une charrue si la richesse n'était pas avant tout le fruit de la créativité et du courage.
Bien plus que le fruit du travail.

Tu vas finir dans un groupuscule communiste Alphinou.
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Messagede Alphajet » 27 Oct 2006, 21:45

ab22 a écrit:Nous serions probablement tous pieds nus et affamés peinant derrière une charrue si la richesse n'était pas avant tout le fruit de la créativité et du courage.
Bien plus que le fruit du travail.

Tu vas finir dans un groupuscule communiste Alphinou.

La créativité sans le travail pour l'exploiter reste une idée sans suite. Quant à toi, c'est dans un cirque que tu vas finir.
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Messagede cyrano » 29 Oct 2006, 01:19

ab22 a écrit:
Alphajet a écrit: L'argent ne représente que du travail, et c'est uniquement le travail qui constitue la richesse.

Nous serions probablement tous pieds nus et affamés peinant derrière une charrue si la richesse n'était pas avant tout le fruit de la créativité et du courage.
Bien plus que le fruit du travail.

Tu vas finir dans un groupuscule communiste Alphinou.


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Messagede ab22 » 29 Oct 2006, 08:50

Alphajet a écrit: L'argent ne représente que du travail, et c'est uniquement le travail qui constitue la richesse.

Alphajet a écrit:La créativité sans le travail pour l'exploiter reste une idée sans suite. Quant à toi, c'est dans un cirque que tu vas finir.

Dis-moi, tu ne serais pas un peu de mauvaise foi par hasard ?

Allez, c'est pas bien grave. Chacun ses petits travers.
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Messagede Alphajet » 29 Oct 2006, 11:05

ab22 a écrit:Dis-moi, tu ne serais pas un peu de mauvaise foi par hasard ?

Allez, c'est pas bien grave. Chacun ses petits travers.

Quand on n'est pas d'accord avec quelqu'un et qu'on veut faire valoir son opinion, une des stratégies consiste à affirmer qu'il est de mauvaise foi. Moi, je ne pense pas que tu sois de mauvaise foi, mais simplement mal informé. Je me demande même si tu as lu l'article que je propose jusqu'au bout.

L'unité monétaire d'Ithaca et des nombreuses autres communautés similaires est l'heure de travail (travail au sens large). C'est bien la preuve de la parfaite équivalence travail-argent. Et pourtant, les habitants d'Ithaca sont des Américains, pas des Bolchéviques.

Quand tu achètes n'importe que objet, comme par exemple l'écran que tu es en train de regarder, tu achètes le travail de tous ceux qui ont participé à sa construction et à sa distribution : les ingénieurs, les assembleurs, les secrétaires, les comptables, et même le travail de celui qui a pensé qu'on pouvait vendre des écrans et qui a apporté les investissements nécessaires. Si tu enlèves le travail des gens qui l'ont réalisé, cet écran se résume à un petit tas de sable et quelques litres de pétrole. Et ça, ce n'est pas du marxisme, c'est de l'économie élémentaire.
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Messagede Ficounet » 29 Oct 2006, 11:33

Oui, mais les heures de travail se valent-elles ?
Par exemple une heure de travail d'un médecin vaut-elle la même heure que celle d'un garçon de café ?
Parce qu'il est évident que pour le médecin puisse pratiquer, il a dû passer par de longues études ce que n'a pas fait le garçon de café.
L'expérience et l'habileté joue aussi un rôle dans le prix de l'heure de travail. Par exemple une coiffeuse qui a 20 ans de métier a propablement une meilleure dextérité, un meilleur savoir-faire et une meilleure productivité que la petite jeune qui débute.

Alors, ce système ne trouve-t-il pas justement ces limites là ?
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Messagede luva » 29 Oct 2006, 12:01

L'expérience et l'habileté joue aussi un rôle dans le prix de l'heure de travail. Par exemple une coiffeuse qui a 20 ans de métier a propablement une meilleure dextérité, un meilleur savoir-faire et une meilleure productivité que la petite jeune qui débute.

Alors, ce système ne trouve-t-il pas justement ces limites là ?

C'est la disparité qui tourne au délire total. Un chirurgien qui a fait 15 ans d'étude, qui opère des gens, avec les responsabilités que ça comporte, et qui gagne très confortablement sa vie, je pense que personne ne trouvera grand-chose à y redire.

Mais on ne parle plus de la même chose. On est passé dans une toute autre dimmension . Quelques exemples :
La multinationale Disney fait fabriquer entre autres des pyjamas et tee-shirts pour enfant dans les sweat-shops d'Haiti. L'ex PDG Michael Eisner gagnait environ en 2000 : 2800 $ US de l'heure. Un calcul simple permet de voir qu'une ouvrière-couturière d'Haiti gagnant 28 cents de l'heure devra travailler jour et nuit pendant 17 années d'affilée pour gagner l'équivalent d'une heure de rémunération d'Eisner. Eisner ne se contentait pas de ce salaire. La même année, il empochait 180 millions de $. Autre petit calcul ''amusant''. Cette somme représente exactement le montant suffisant pour faire vivre correctement 19000 travailleurs haitiens et leur famille durant 14 ans. Aucun être humain sur Terre, aussi brilliant, intelligent, instruit et tout ce qu'on veut (C'est rarement le cas d'ailleurs, en plus) , ne peut justifier pareils déséquilibres. C'est surréaliste.

Un autre exemple : Stanford Wiell, PDG de la multinationale Travelers organise en 1998 une fusion avec Citicorp. Dès le lendemain, plusieurs milliers d'employés sont licenciés. Cette même année, il empochera grâce à cette bonne opération 230 millions de $.

Les exemples peuvent se multiplier. Mais en tout cas, si il y a des limites au système, il y a bien longtemps qu'elles ont déjà été franchies dans l'autre sens.
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Messagede Alphajet » 29 Oct 2006, 12:04

Ficounet a écrit:Oui, mais les heures de travail se valent-elles ?

Personne n'a dit que les heures de travail se valaient toutes entre elles. Il y a même du travail qui ne vaut rien (enfin disons qu'il n'a de valeur que pour celui qui l'exécute). Le système monétaire d'Ithaca est basé sur le prix moyen de l'heure de travail (10$). Une heure de médecin est peut-être rémunérée 4 heures.
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Messagede ab22 » 29 Oct 2006, 12:11

Je ne conteste pas l'interêt de l'expérience d'Ithaca et je ne préjuge pas de sa valeur. J'ai seulement contesté une affirmation qui selon moi était aussi peremptoire que fausse.
Voilà ce que tu as dit: L'argent ne représente que du travail, et c'est uniquement le travail qui constitue la richesse.
La richesse n'est pas que le produit du travail loin s'en faut. Les hommes suent partout dans le monde et c'est dans les pays de plus grande pauvreté qu'on travaille le pus fort.
Il y a de nombreux facteurs tels que le talent, la créativité, le courage, etc, qui comptent plus que le travail lui-même dans la création de richesses. (l'existence de capitaux et d'un systeme politique stable comptent également pour beaucoup)

Alphajet a écrit:Quand tu achètes n'importe que objet, ( ... ) tu achètes le travail de tous ceux qui ont participé à sa construction et à sa distribution : les ingénieurs, les assembleurs, les secrétaires, les comptables, et même le travail de celui qui a pensé qu'on pouvait vendre des écrans et qui a apporté les investissements nécessaires.

Dans le cas de l'investisseur, tu n'achètes surement pas le produit de son travail mais celui de son investissement.
Finalement, je ne sais pas si tu pourrais entrer chez les communistes. Pour cela, il faut quand même distinguer la nature du travail et celle du capital dans la dialectique marxiste.
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Messagede Alphajet » 29 Oct 2006, 13:52

ab22 a écrit:Je ne conteste pas l'interêt de l'expérience d'Ithaca et je ne préjuge pas de sa valeur. J'ai seulement contesté une affirmation qui selon moi était aussi peremptoire que fausse.
Voilà ce que tu as dit: L'argent ne représente que du travail, et c'est uniquement le travail qui constitue la richesse.
La richesse n'est pas que le produit du travail loin s'en faut.

Dans ce cas, explique donc pourquoi l'unité monétaire d'Ithaca est l'heure de travail, et pourquoi pas le "le talent" ou "le courage".
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Messagede ab22 » 29 Oct 2006, 14:15

Alphajet a écrit:Dans ce cas, explique donc pourquoi l'unité monétaire d'Ithaca est l'heure de travail, et pourquoi pas le "le talent" ou "le courage".


Je ne sais pas mais peut-être parce que c'est un projet mené par des idéalistes qui rêvent d'égalité ?
(On n'a pas tous le même courage ni le même talent.)
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Messagede Alphajet » 29 Oct 2006, 16:01

ab22 a écrit:Je ne sais pas mais peut-être parce que c'est un projet mené par des idéalistes qui rêvent d'égalité ?

Il y aurait donc un nid de cryptomarxistes en plein coeur des USA, et le meneur aurait droit aux éloges de la presse capitaliste... Pas très cohérent, tout ça.

Je pense que tu n'a pas très bien compris de quoi il s'agissait. Ce n'est pas grave, on va passer à un autre sujet.
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Messagede Ficounet » 29 Oct 2006, 17:33

luva a écrit:
L'expérience et l'habileté joue aussi un rôle dans le prix de l'heure de travail. Par exemple une coiffeuse qui a 20 ans de métier a propablement une meilleure dextérité, un meilleur savoir-faire et une meilleure productivité que la petite jeune qui débute.

Alors, ce système ne trouve-t-il pas justement ces limites là ?

C'est la disparité qui tourne au délire total. Un chirurgien qui a fait 15 ans d'étude, qui opère des gens, avec les responsabilités que ça comporte, et qui gagne très confortablement sa vie, je pense que personne ne trouvera grand-chose à y redire.

Mais on ne parle plus de la même chose. On est passé dans une toute autre dimmension . Quelques exemples :
La multinationale Disney fait fabriquer entre autres des pyjamas et tee-shirts pour enfant dans les sweat-shops d'Haiti. L'ex PDG Michael Eisner gagnait environ en 2000 : 2800 $ US de l'heure. Un calcul simple permet de voir qu'une ouvrière-couturière d'Haiti gagnant 28 cents de l'heure devra travailler jour et nuit pendant 17 années d'affilée pour gagner l'équivalent d'une heure de rémunération d'Eisner. Eisner ne se contentait pas de ce salaire. La même année, il empochait 180 millions de $. Autre petit calcul ''amusant''. Cette somme représente exactement le montant suffisant pour faire vivre correctement 19000 travailleurs haitiens et leur famille durant 14 ans. Aucun être humain sur Terre, aussi brilliant, intelligent, instruit et tout ce qu'on veut (C'est rarement le cas d'ailleurs, en plus) , ne peut justifier pareils déséquilibres. C'est surréaliste.

Un autre exemple : Stanford Wiell, PDG de la multinationale Travelers organise en 1998 une fusion avec Citicorp. Dès le lendemain, plusieurs milliers d'employés sont licenciés. Cette même année, il empochera grâce à cette bonne opération 230 millions de $.

Les exemples peuvent se multiplier. Mais en tout cas, si il y a des limites au système, il y a bien longtemps qu'elles ont déjà été franchies dans l'autre sens.

Moi je veux bien qu'on pointe du doigt les patrons qui s'allouent de généreux émoluments. Mais n'est-ce pas plus facile et confortable de dénoncer le comportement de ces PDG plutôt que de pointer du doigt les consommateurs qui achètent les T-shirt Disney ? Après tout, le salaire de ces privilégiés provient bien des clients, n'est-ce pas ?

Qu'est-ce qui les empêche, les clients, d'affirmer leur solidarité aux enfants d'Haïti ou protester contre les salaires excessifs des dirigeants en s'abstenant d'acheter les produits Disney ?

Ceci est bien entendu valable pour toutes sortes de produits.
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Messagede ab22 » 29 Oct 2006, 17:36

On peut être idéaliste sans être marxiste et de toutes façons, les E-U sont un pays libre alors oui, il y a surement des marxistes qui s'expriment librement chez l'oncle Sam.
Mais pour ce qui est des éloges de la presse capitaliste, il m'a semblé que l'article venait du Nouvel Observateur.

Je pense que tu n'a pas très bien compris de quoi il s'agissait.

C'est normal. Pour le cirque j'ai seulement besoin de savoir faire tourner des ballons sur mon nez.
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Messagede Alphajet » 29 Oct 2006, 17:59

Ficounet a écrit:Qu'est-ce qui les empêche, les clients, d'affirmer leur solidarité aux enfants d'Haïti ou protester contre les salaires excessifs des dirigeants en s'abstenant d'acheter les produits Disney ?

Ceci est bien entendu valable pour toutes sortes de produits.

Je suis bien d'accord avec ça. Sauf que le comportement social des PDG n'est pas marqué sur les produits. Pour le grand public, ce genre d'information est difficile à obtenir car souvent cachée, à moins que la presse généraliste n'en parle.

Il faut faire une démarche volontaire pour trouver des renseignements, démarche d'autant plus difficile que les achats du consommateur moyen proviennent de milliers d'entreprises différentes.

Ces informations pourraient être fournies par exemple par les associations de consommateurs. Encore faudrait-il que cette démarche soit légale car je crois qu'en France, par exemple, les appels au boycott d'une entreprise particulière sont interdits.

Il est évident que les défauts de la société pourraient être supprimés par un comportement différent des consommateurs. Sauf que ceux-ci sont un ensemble disparate d'individualités qu'on maintient le plus souvent à dessein dans l'ignorance. Diviser pour régner est là encore une méthode efficace.
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